« The Little Friend », Donna Tartt

Later, when Harriet remembered that day, it would seem the exact, crystalline, scientific point where her life had swerved into misery. Never had she been happy or content, exactly, but she was quite unprepared for the strange darks that lay ahead of her.

***

Années 70. Harriet s’ennuie. Elle a 12 ans et vit dans une maison hantée. Rien de littéral là-dedans…ou presque. Alors qu’elle n’était qu’un bébé, son frère, Robin, alors âgé de 9 ans est retrouvé mort, pendu à un arbre du jardin. Le suicide est vite écarté pour laisser place à un meurtre. Meutre qui s’est produit sous les yeux de ses deux soeurs: Allison (4 ans) et Harriet. La présence de Robin, douze ans après sa mort, pèse sur la maison du Mississipi dans laquelle Harriet grandit aux côtés d’Allison qui se réfugie constamment dans le sommeil et sa mère qui vit dans un état de dépression léthargique et coupé de toute réalité.
Harriet pousse donc comme une herbe folle entre la présence autoritaire d’Eddie, sa grand-mère, unique pilier stable de la famille, de ses grands-tantes toutes plus excentriques les unes que les autres et d’Ida, la domestique noire qui lave, nourrit et raconte des histoires. Le père, violent, volage et absent vit à la Nouvelle-Orléans et ne sert qu’à fournir de l’argent nécessaire à la survie d’une famille dont il n’a cure qu’une fois l’an: à Noël.

Harriet, disais-je, s’ennuie. C’est l’été et il fait bien trop chaud. Allison dort, ses tantes et sa grand-mère sont occupées, sa mère vit dans sa chemise de nuit. Il ne reste qu’Hely, son seul véritable ami, un garçon de son âge qui ne vit que pour les films de James Bond et les comics. Ils traînent donc leur ennui ensemble, à travers cette ville du sud des Etats-Unis où tout le monde se connait.
Et puis, un jour, lassée et fascinée à la fois de la présence fantômatique et étouffante de son frère, Harriet décide de trouver le meurtrier et de le punir. Elle se convainc qu’il s’agit de Danny Ratliffe, une petite raclure, un type qui, finalement, n’a pas eu de chance. Il vit dans une caravane aussi sale que miteuse avec sa grand-mère (Gum) une hypocondriaque qui n’en a que pour Farish, l’aîné, qui produit, consume et vend de la drogue; Eugene, l’illuminé de la fratrie qui prêche tous les jours à travers la ville et Curtis, l’attardé mental qui ne comprend rien à ce qui se passe autour de lui et qui reçoit des coups d’un peu partout. Danny trouve refuge dans la drogue (on ne sait jamais vraiment ce qu’il prend) pour survivre à la tyrannie de Farish qui a sombré (en partie à cause de son patrimoine génétique, en partie à cause des drogues) dans un état de folie et de paranoïa permanent. Danny cherche à s’échapper. Un peu comme Harriet, finalement.

The Little Friend est un roman de coming of age, de perte d’innocence. En un été, Harriet va basculer. Elle se heurte au monde des adultes dont sa mère, bien involontairement, la coupait. Livrée à elle-même, elle se frotte à un monde de violence et de mensonges. D’incompréhension aussi, et de malentendus.
Donna Tartt a écrit un roman étouffant, moite et doux-amer, à l’image de son style, des personnages et de leur ville. Chacun y cherche des réponses à des questions qu’ils ont appris à ne pas poser. Le passé, omniprésent, les enchaîne et les entraine dans des situations dans lesquelles ils s’embourbent tant ils veulent s’en défaire. Harriet oscille entre ses fantasmes, un univers peuplé de personnages et de pensées rassurantes et protectrices et un univers bien réel qui lui ravie une mère, un père et une vie « normale ». Elle explose d’ailleurs, un soir, en demandant à sa mère pourquoi elles ne peuvent pas partager un dîner comme le font les autres familles. Harriet ne sait pas exprimer une souffrance dont elle ignore les causes tout en les occultant. Elle préfère l’action à la passiveté dont elle est témoin tous les jours. Sans le vouloir et sans s’en apercevoir (ou presque) elle va déclencher une infernale série de causes à effets qui scellera le sort de beaucoups et qui l’arrachera définitivement à l’enfance.

Alors oui, The Little Friend est un roman à lire. Bien évidemment. Donna Tartt y est amèrement incisive et doucement nostalgique. La chute n’en est que plus dure.

NB: le titre français de ce roman est Le Petit Copain.

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