Interview – Maxïmo Park

Dimanche soir, Maxïmo Park était sur scène à La Gaîté Lyrique pour son unique concert français. Pour l’occasion, on s’est entretenus pendant un moment avec Lukas Wooker qui n’a pas hésité à nous parler longuement de leurs débuts, de leur nouvel album et même des moments de doute que le groupe à traversé l’an dernier.

Question : Bienvenue à Paris, on est très heureux de vous y retrouver ! Dites nous tout : est ce que Paris est une ville spéciale pour vous ?

Maxïmo Park : Oui, bien sûr que ça l’est ! Tout le monde a une idée de Paris, c’est une de ces villes dans lesquelles à chaque fois que je viens je me dis : “Ouais…je pourrais vivre ici”. En fait, un de mes meilleurs amis vit à Paris, lui et sa femme sont britanniques mais ses enfants parlent français et lui aussi. Alors si lui peut le faire, y’a pas de raison que je ne puisse pas y arriver non plus ! J’ai appris le français à l’école, mais tout ça est loin maintenant, si je m’y met, je devrais y arriver. Mon principal problème c’est que ma copine est Australienne !

Mais en général, vous avez le temps de visiter les villes dans lesquelles vous êtes ?

Aujourd’hui non, on n’a pas du tout eu le temps, mais quand on peut, on essaie de le faire. Je me suis acheté quelques Shakespeare dans une librairie tout près d’ici, j’ai besoin de livres. De plus, j’’aimerais beaucoup avoir le temps de visiter cette galerie (ndlr. La Gaîté Lyrique)

Vous jouez ce soir dans une petite salle. Vous préférez jouer dans une petite salle acoustique ou devant de grosses foules comme en festival ou en Zénith ?

Ce qu’on préfère c’est surtout jouer devant des salles pleines ! Peu importe si la salle est petite ou grande, tant que c’est plein, ça ne peut être que génial. L’atmosphère est vraiment très excitante quand la salle est pleine, qu’on joue à guichet fermé, les gens sont beaucoup plus impatients. On a joué aux États Unis pendant 2 semaines dans de très petites salles, même si certaines étaient à moitié pleines, c’était amusant à faire tout de même mais très différent aussi, surtout qu’on venait de finir la tournée des festivals, ce qui implique forcément de grandes foules. Même si on aime vraiment pouvoir jouer devant autant de personnes, c’est vrai que dans les petites salles on peut se permettre de discuter avec le public, généralement il n’y a pas de barrières de sécurité, on est littéralement à côté d’eux. Mais au final, on s’adapte à chaque fois, on n’a pas de préférence : sur une grande scène, on va faire forcément faire de grands gestes puisqu’il y a des gens tout au fond qui ne peuvent même pas nous voir mais qui essaient de ressentir ce qu’on joue, tandis que dans une petite salle, on a pas à essayer de paraître énorme, tout le monde peut voir l’énergie sur notre visage. On aime juste jouer nos chansons en live.

Vous vous rappelez de vos débuts ? De ce qui vous poussé à vouloir jouer vos titres en live ?

On était à Newcastle et ce qui nous a poussé à vouloir avoir un groupe c’est qu’on ne voyait aucun groupe excitant. On voyait juste des groupes très “british”, type Oasis, avec veste en cuir et un air suffisant qui dit “Je suis vraiment trop cool, regardez comme j’ai l’air cool sur scène.” Tellement ennuyeux à voir ! On a surtout été influencé par des groupes américains, punk et grunge comme Sonic Youth par exemple. On aime les groupes qui ont du caractère, quelque chose à dire, à revendiquer. La raison pour laquelle on écrit des chansons, c’est parce qu’on a des choses à exprimer, qu’on soit en colère ou heureux ; alors quand on est sur scène, on se doit d’être excités par ces chansons, ce sont les nôtres, c’est nous. Peu importe le type de scène. Certains sont sur scène mais s’ennuient profondément, aucun intérêt donc. Pendant longtemps on a fait partie d’un label indépendant, on avait pas beaucoup d’argent alors jouer pour les gens était le seul moyen pour nous de toucher de nouvelles personnes. Encore aujourd’hui, on essaie tous les soirs de rendre la soirée spéciale, que les gens puissent s’en rappeler.

Vous avez débuté en même temps que des groupes comme Franz Ferdinand, The Furtureheads ou encore les Arctic Monkeys. Vous sentez vous proches de leur musique, d’eux ?

Dans un sens oui, on se sent forcément proche d’eux. On fait partie de ces mêmes groupes qui ont décidé de jouer de la musique excitante, rapide et bruyante au même moment. Jusqu’en 2002, mis à part les Strokes, il y avait surtout des groupes comme Coldplay ou Travis, des groupes assez lents en somme. On s’est tous inspirés d’eux de manière négative, mais c’est intéressant à observer aujourd’hui puisqu’on est tous très différents les uns des autres. Plus de 7 ans se sont écoulés, et on a tous évolués, il y a de grosses différences entre nous et ces groupes là.

« Notre musique a toujours été différente de celle des autres »

D’ailleurs notre musique a toujours été différente mais l’est encore plus aujourd’hui. C’est assez nouveau pour nous, on est comme dans une zone “grise”, c‘est la première fois où on ne sait pas vraiment ce que l’avenir nous réserve. On a la chance de pouvoir varier les styles, surtout grâce à Paul, qui peut chanter n’importe quoi. Et ça passe par l’écriture de nos morceaux, on est de plus en plus confiants, on peut faire pleins de choses, on ne se pose pas de limites. Alors qu’un groupe comme Franz Ferdinand est très limité, ils sont très joyeux, froid mais cool, c’est une musique assez dancy. La diversité de nos morceaux se retrouvent dans la tracklist qui est volontairement irrégulière. Aujourd’hui, les gens appuient systématiquement sur “aléatoire” quand ils écoutent leur iPod, ils passent de David Bowie, à Whitney Houston, à Limp Bizkit. Ils n’ont plus la patience d’écouter un album dans son intégralité, ils ne prennent pas le temps. Alors on a décidé de faire un album qui rappelle ce mode “aléatoire”, ce manque d’impatience, après tout c’est ce que les gens apprécient. Ça permet de garder l’auditeur éveillé, de le faire vraiment écouter l’album. On pourrait encore pousser le truc, aller plus loin, il faudrait juste qu’on soit plus confiants. Je m’éloigne un peu de la question initiale je crois…Donc oui, tout ça pour dire, au final on a tous des objectifs assez différents les uns des autres, des choses différentes à exprimer, notre musique ne ressemble à aucune autre au final.

Votre dernier album en date s’appelle The National Health. Vous y parlez seulement de la Grande Bretagne ou c’est un constat mondial que vous faites ?

En tant que groupe britannique, le point de départ est réellement la santé britannique. Cette manière qu’a le gouvernement d’essayer d’économiser de l’argent de partout, que les gens soient d’accord ou pas. Évidemment, c’est un constat qui part d’une seule nation, mais au final la crise est mondiale alors les problèmes sont les mêmes dans les pays, mais à un différent niveau, comme pour la Grèce par exemple. Si notre point de départ est la Grande Bretagne, on ne veut surtout pas que notre album s’adresse à une seule population mais à tous. On essaie de faire en sorte que toutes nos chansons soient universelles et au final rien dans nos paroles ne fixent nos chansons dans le temps. On ne veut pas surtout les écouter dans 2 ans et qu’elles soient déjà hors de propos, ce serait inutile. Notre but est de faire en sorte que nos chansons traversent les époques, que les gens les écoutent dans 50 ans et qu’ils se sentent concernés. Au final, malgré des thèmes politiques, on parle essentiellement de l’individu qui essaie de trouver sa place dans le monde face à différents problèmes, qu’ils soient sociaux, économiques, etc. On n’écrit plus seulement sur nos ruptures avec nos petites amies, on aborde la quête de soi, ce besoin de comprendre qui on est, quelle est notre place dans la société. Et c’est la même chose pour tout le monde, que ce soit en 2012 ou 2050, ce sont des questions que tout le monde se pose. Le point de départ de l’album est politique, mais c’est surtout pour attirer l’attention, au final on veut juste écrire de bonnes chansons pop. En réalité, le titre de l’album  est arrivé tardivement, on avait déjà écrit le titre The National Health. Les gens nous voient vraiment comme un groupe romantique qui parle de rupture, de quitter le cocon familial, démarrer dans la vie. Mais on est bien plus que ça, on parle du rapport des individus à la mort, à la douleur, appeler l’album The National Health nous a en quelque sorte permis de mettre en lumière ce qu’on est capable d’écrire, on a forcé les gens à nous regarder différemment.

Vous avez mis du temps avant de trouver le titre de l’album ?

Oui pas mal ! On a pour habitude de toujours utiliser une phrase, un mot, une citation d’une de nos chansons, on avait pour règle de ne jamais ô grand jamais, se servir d’un de nos morceaux, comme titre de l’album, pour ne pas mettre trop en avant ce titre. Mais bon, pour une fois, on a décidé de brisé notre propre règle !

L’album s’ouvre sur When I was wild, un morceau d’ouverture très différent de vos albums précédents. Comment vous en est venu l’idée ?

Ce qu’on voulait dire avec ce morceau c’est : “Nous ne sommes pas le groupe que vous pensez”. À la base, cette introduction à l’album est un morceau complet, notre producteur nous a entendu le jouer et c’est en fait lui qui nous a conseillé de raccourcir le titre et d’en faire l’introduction du nouvel album. Ce qui a fait tilt chez lui, ce sont les paroles assez sombres, “Do I have to introduce myself. etc”., le groupe a toujours pensé que les paroles étaient peut être trop fortes, alors raccourcir ce morceau pour ensuite enchaîné tout de suite avec The National Health nous a paru comme un truc marrant à faire. Rien que le fait d’avoir de la contrebasse et du piano allait forcément faire penser aux gens qu’on était devenus bien trop sérieux sur cet album et après une minute plus tard une bonne chanson de rock ! On a voulu surprendre tout le monde.

The National Health est sorti 3 ans après Quicken The Heart. Est-ce que cette pause était essentielle pour écrire ce nouvel album ?

Oui, on a vraiment ressenti le besoin de passer du temps séparément, surtout parce qu’on sortait d’une énorme tournée. Pour la première fois, on a voulu reculer, faire autre chose. On voulait aussi être sûrs d’écrire un nouvel album réfléchi, on ne pouvait pas prendre le risque d’aller trop vite, entrer en studio et être juste sur pilote automatique. L’album devait se faire pour de bonnes raisons, on se doit d’écrire des textes parce qu’on a des choses

« On a voulu faire le meilleur album possible »

à dire et avoir vraiment envie d’être ensemble, de se retrouver en tant que groupe. D’ailleurs, on a mis le temps avant de vraiment pouvoir se retrouver, et quand ça s’est fait, on avait tous des avis très divergeants quant à la direction du nouvel album. On était loin d’être d’accord, ça a été très dur pour nous de trouver un terrain d’entente. Pour nous aider, on a décidé de faire la bande son d’un film silencieux on a eu un mois pour écrire 1h30 d’instru, Paul (ndlr. Paul Smith le chanteur de Maxïmo Park) ne chantait pas, il jouait de la guitare. Le film s’appelle The Man Who Laughed,  il date de 1928, on a juste regardé ce film en boucle, et joué de l’instru sans contrainte, ni but précis, on faisait ce qu’on voulait. C’est ce qui nous a permis de nous retrouver musicalement, après ça on a tout de même eu encore quelques difficultés pour les paroles de nos morceaux, mais cette expérience nous a redonné l’envie d’être de nouveau ensemble. Du coup, pour la première fois, on a pris du recul sur nous-mêmes, on s’est attardés sur nos précédents albums. On a pu se défaire de contraintes musicales qu’on s’était imposés pour embrasser plus de diversité, comme on disait tout à l’heure. On s’est tous donnés du fil à retordre sur cet album, mais seulement parce qu’on voulait être honnêtes et faire le meilleur album possible. On a eu quelques soucis de label alors on était même pas sûrs que l’album allait sortir, ce qui a entraîné une pensée obsessionnelle chez nous : “Faut que ce soit bon ! Faut que ce soit bon ! Faut que ce soit bon !”, d’où cette poussée de tensions entre nous. Mais une fois en studio, tout s’est mis en place, c’est notre 4ème album alors on sait ce qu’on fait. Au final, ça a été notre expérience studio la plus agréable, on était très pros, loin du genre à boire et vouloir en finir au plus vite.

Selon la légende, rien ne vaut la vie d’une rock star en tournée, c’est vraiment si génial ?

(Luka tousse pendant 30 longues secondes, comme toutes les 5 minutes depuis le début de l’interview, il est malade) Est ce que j’ai l’air d’aller bien ? C’est horrible, ma copine est avec moi depuis 15 jours, et elle déteste. Physiquement c’est très dur de partir en tournée, les concerts sont géniaux mais le reste peut être atroce. On dort mal, on mange mal, on se sent souvent fatigués. On est tous malades en ce moment. Plus on vieillit, plus partir en tournée est dur, moins excitant. On n’est loin de le vivre comme la légende le dit, on n’est jamais saoûls, bien au contraire ! C’est notre travail, on s’amuse mais on est des professionnels maintenant,  on sait ce qu’on a à faire, où on veut aller, dans quels endroits on veut jouer, sur quelle émission on se sent bien. C’est beaucoup moins drôle qu’à nos débuts mais être sur scène est toujours très excitant pour nous et au final c’est tout ce qui compte.

Est-ce que vous avez le temps d’aller voir d’autres groupes jouer pendant que vous êtes en tournée ? Vous vous rappelez du dernier groupe que vous avez vu ?

(Luka cherche longtemps dans ses souvenirs.) C’est assez honteux, je vis à Londres alors je devrais voir plus de groupes que ça… il me semble que le dernier groupe que j’ai vu est Clock Opera, c’est le groupe d’un de mes amis, et les autres membres ont été voir Wild Things aux Etats Unis, moi j’étais trop malade, il y a eu aussi The Feelings à Washington. C’est notre première tournée pour cet album, et pour le moment on a pas eu trop de temps pour faire autre chose !  Mais d’habitude c’est même plus facile pour nous, vu qu’on peut être invité etc. En festival c’est différent, on a le temps d’aller voir d’autres groupes, d’ailleurs j’ai beaucoup apprécié le festival Rock en Seine cette année. Et j’ai aussi particulièrement hâte de découvrir La Femme ce soir sur scène, ils font notre première partie, je suis aux claviers alors forcément leur musique me parle !

Et pour finir, on aimerait beaucoup avoir votre avis sur la musique d’aujourd’hui : Quel est votre album de l’année ou votre nouveau groupe préféré ?

Oh je ne suis jamais très bon à ce genre de questions ! Laisse-moi réfléchir…en fait j’en suis encore à écouter l’album de Kate Bush de l’an dernier, il est tellement bon ! Cette année a été assez étrange, on a écouté pas mal de musique du monde, mais sinon on a beaucoup apprécié l’album solo de Damon Albarn, Dr Dee. J’adore le fait que Damon n’ait pas hésité à expérimenter de nouvelles choses, son album solo est à mille lieues de ce qu’il a fait auparavant. Alors ouais, c’est peut être celui-ci mon album de l’année, n’hésitez pas à l’écouter !

Après leur passage à Paris, Maxïmo Park a repris la route, direction la Belgique, on espère les retrouver très vite à Paris !

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