Interview – Blood Red Shoes

Pour leur dernière date en compagnie de The Gaslight Anthem, c’est à Paris, juste avant leur concert à la Cigale qu’on a rencontré Laura-Mary Carter, la chanteuse et guitariste de Blood Red Shoes qui nous en a dit un peu plus sur leur dernier album, leur lien avec Paris et bien entendu leur temps passé en compagnie de The Gaslight Anthem.

Vous avez tourné le clip de Cold à Paris, vous avez nommé une de vos chansons en français (Je Me Perds, In Time to Voices), et il paraît même que vous avez trouvé le nom de votre premier album Box of Secrets par rapport à la Cigale ! Alors on se doit de vous demander : Est-ce que Paris est une ville particulière pour vous ?

Oui complètement, on a vraiment le sentiment d’être lié à Paris, sans vraiment savoir pourquoi d’ailleurs. On adore passer du temps ici, et c’était vraiment superbe de tourner un clip ici. Steve parle un peu français, moi je n’ai jamais appris mais c’est marrant parce que j’ai fais une liste des choses que j’aimerais faire quand j’aurais du temps libre, et apprendre le français en fait partie. C’est un endroit où on se sent vraiment bien, et une ville à laquelle on se connecte assez facilement.

Votre dernier album est beaucoup plus heavy et sombre que les précédents. Avez-vous changé vos habitudes pour l’écrire ?

Oui c’est le cas, on a fait en sorte de changer complètement notre mode de fonctionnement, d’écriture. Pour les premiers albums, on se contentait de se retrouver pour jouer, et puis les chansons venaient d’elles mêmes. Sur In Time To Voices, on a pris le soin de se concentrer sur les mélodies, c’était beaucoup de musique et de chant avant que la batterie ne s’y ajoute. Les gens nous ont souvent dit que nos premiers albums studios ne nous reflétaient pas en live, qu’on était beaucoup plus bruyants et « agressifs » sur scène, alors on a essayé de capturer le son qu’on a en concert sur notre second album. Je pense que c’est quelque chose qu’on a vraiment réussi à faire sur ce troisième album qui contient beaucoup plus de titres « heavy guitar ». C’est également un album sur lequel on a voulu expérimenter de nouveaux sons essentiellement plus forts que sur les précédents albums.

Je me perds est le titre le plus noisy que vous avez enregistré dans toute votre carrière. Est-ce qu’on aura le droit à d’autres titres aussi bruyants par la suite ?

Je ne sais vraiment pas ce qu’on va faire pour le prochain album, on a commencé à écrire un peu et c’est vraiment différent de tout ce qu’on a fait jusque là, ça sonne très classic rock. Mais on ne sait vraiment pas ce que ça va donner, une fois qu’on aura fini cette tournée, et qu’on se mettra vraiment à l’écriture, on sera dans le flou aussi je pense. On se sent plus libre dans notre musique depuis qu’on a terminé cet album, ça nous a ouverts plus de portes, plus de choses à explorer. Tu sais, c’était un album assez difficile à faire alors maintenant que c’est fait, on a envie d’aller de l’avant et faire quelque chose de différent.

Vous semblez faire plus de sessions acoustiques sur cette tournée que sur les précédentes. Vous avez mis du temps à être suffisamment à l’aise pour le faire ?

Je pense surtout que les titres qu’on a écrits auparavant ne se prêtaient pas vraiment à l’acoustique, du coup on n’était pas attiré. C’est quelque chose que j’aime vraiment faire maintenant d’ailleurs, certainement plus qu’avant c’est vrai. L’acoustique est un exercice très particulier, on peut vraiment s’entendre chanter, ce qui n’est pas toujours évident vu que l’on joue assez fort et que d’habitude j’ai plus l’impression de crier que de chanter ! C’est assez différent au niveau du ressenti aussi ; j’aime séparer les sessions acoustiques de nos concerts, ce n’est vraiment pas quelque chose que j’ai envie de faire sur scène. Non pas que ça me déplairait de faire un concert acoustique, je ne veux juste mélanger l’acoustique et nos concerts « ordinaires ». Jouer Lost Kids en acoustique dans une salle assez grande serait assez étrange je pense aussi.

En parlant de Lost Kids, dès la première écoute j’ai pensé aux émeutes de Londres qui se sont déroulées l’été dernier. Ai-je raison d’y voir là un rapport ?

D’une certaine façon, oui Lost Kids est lié à ces évènements. On l’a écrite pile au moment où ça se passait. C’est quelque chose d’assez rare à Londres, je sais que vous avez l’habitude à Paris, mais pour nous c’était vraiment un évènement unique et assez énorme. C’est vraiment pas quelque chose qu’on fait souvent en Angleterre, donc d’un côté c’est lié oui. Mais, on a aussi écrit ce titre à un moment où on luttait avec cet album, on se disputait et se battait souvent avec Steven. En fait, on peut dire que ce titre est un mix de deux choses : les émeutes et les relations conflictuelles qu’on entretient avec les autres.

Depuis quelques mois, vous faites la première partie de The Gaslight Anthem, comment vous êtes-vous rencontrés ?

On s’est rencontrés il y a un moment en fait, on jouait au Lowlands festival et ils étaient programmés juste après nous. À ce moment là, j’avoue que je ne connaissais pas grand-chose à leur musique. Ils ont assisté à notre concert en backstage et quand ils sont montés sur scène j’ai cru les entendre mentionner notre nom mais je me suis dis que je devais me monter la tête sur ce coup là. Ce n’est que plus tard dans la soirée, alors que je buvais des verres avec des amis qu’on est venus me voir en me disant que les Gaslight Anthem nous ont en effet mentionné sur scène et qu’ils aimaient beaucoup notre musique. Ils avaient un emploi du temps assez serré à ce moment là donc on n’a pas pu les rencontrer. En réalité c’est sur twitter que tout s’est fait, j’ai envoyé un message à Brian, le chanteur du groupe, en lui disant qu’on devrait tourner ensemble, il était partant alors on a commencé à s’échanger des mails très vite. Il a finis par me dire que leur album ne sortirait que dans un an et qu’à ce moment là, on pourrait tourner ensemble, et il a tenu sa parole. Alors voilà pour la petite histoire : C’est vraiment via email que tout s’est fait, on s’est rencontrés juste avant la tournée, mais maintenant on est de très bons amis.

Et qu’est ce que ça fait d’être la première partie et plus la tête d’affiche ?

Au tout début on sentait vraiment la différence, on est passé de petites salles à de grosses salles comme une Brixton Academy à guichet fermé par exemple. C’était très dur, on ne jouait pas très bien lors des premières dates anglaises, mentalement ça été difficile de passer de centaines de personnes à des milliers. C’était bizarre. Maintenant, je m’y suis vraiment habituée et on veut vraiment faire plus de premières parties de gros groupes. Ce n’est pas quelque chose qu’on a beaucoup fait vu que ça fait quand même des années qu’on est en tête d’affiches de nos concerts. Ça nous permet aussi de rencontrer de nouvelles personnes, sans oublier que ça fait du bien parfois de n’être que la première partie, la pression n’est pas du tout la même. Mais surtout les Gaslight Anthem sont supers avec nous, c’est le meilleur groupe dont on a fait la première partie ! Je ne pense pas que toutes les premières parties sont traitées aussi bien qu’on l’est !

C’est votre dernière date avec eux ce soir, est-ce que vous êtes excités à l’idée de repartir sur votre propre tournée ?

Pas vraiment ! Comme j’ai dis précédemment les débuts ont été compliqués, donc je n’étais pas si sûre que ça de vraiment vouloir être une première partie, mais maintenant je n’ai pas trop envie que ça s’arrête. C’est vraiment très agréable d’être entouré d’autant de monde, on est pas si nombreux sur nos propres tournées, mais ça ira puisqu’on s’entend très bien avec nos propres premières parties. C’est juste qu’on est tristes de devoir dire au revoir, on a le sentiment d’être une grande famille maintenant et on espère vraiment qu’on pourra repartir en tournée avec The Gaslight Anthem !

Vous avez souvent dis en interview que toi et Steven vous vous disputez souvent en tournée. Est-ce qu’être sur la route avec un autre groupe vous en a empêché ?

Oh oui complètement ! Steven est de nature lunatique, mais là il a été normal et agréable pendant loooongtemps ! Pourtant aujourd’hui, assez soudainement, il s’est mis à être méchant avec moi. Quand je lui ai demandé ce qui n’allait pas, il m’a avoué que c’est parce que c’est notre dernier jour en tournée avec le groupe, je me suis dis « Oh non ! C’est reparti!! » !! Blague à part, on ne se bat pas si souvent que ça non plus, je pense que c’est juste que Steven adore en parler ! Il est un peu fou, mais ça va je suis suffisamment forte pour le contenir et lui éviter de faire de grosses bêtises !

Vous rappelez-vous de votre concert le plus fou ?

Il y’en a eu beaucoup ! Mais tu sais quoi comme on est France, je vais te parler d’un concert qu’on a fait ici. C’était il y a de nombreuses années à Bordeaux, à nos débuts. Beaucoup de monde est venu, enfin une cinquantaine mais comme on en était à nos touts débuts ça nous paraissait être beaucoup de monde. Et tout le monde connaissait nos titres et chantait ! D’aileurs, ils chantaient tous si fort qu’on ne s’entendait plus ! C’était vraiment un concert génial et mémorable surtout dans une salle si petite. Je me souviens m’être arrêtée de chanter et d’avoir regardé la foule reprendre nos paroles en chœurs c’était génial, on n’a plus jamais vécu une expérience pareille. Il y a aussi eu ce concert à Brighton qui a tourné à l’émeute : c’était un festival féministe alors on a repris le Walk Like an Egyptian de The Bangles et tout le monde est devenu fou ! Les filles ont enlevé leur t-shirt et ont balancé leur soutif. Notre manager aussi est devenu fou mais surtout parce que c’est illégal, la police a fini par intervenir et a tout arrêté. Mais ça remonte à nos débuts aussi, maintenant on joue dans de plus grandes salles, les gens sont plus calmes, enfin moins fous surtout !

Votre dernier clip, In Time To Voices, est assez particulier, comment vous en est venu l’idée ?

C’est marrant parce que concernant ce clip, deux écoles s’affrontent : ceux qui détestent et ceux qui adorent ! On voulait faire quelque chose de drôle et de pas très sérieux, et Steven a eu cette idée, je ne savais pas trop ce que ça allait donner mais je lui ai fais confiance. Au final, c’est exactement le clip qu’on voulait, différent de tout ce qu’on a pu faire auparavant et qui allait faire réagir nos fans. Je trouve que c’est une vidéo très drôle, à ne surtout pas prendre au premier degré. Mais c’est marrant de lire les commentaires des gens sur YouTube, on a pas mal de « C’est bizarre » ou de « C’est assez flippant quand même…pourquoi vous avez fais ça ? »; Mais ce n’est ni réfléchi ni fait pour être réfléchi. Mais c’est cool, on a beaucoup de réactions assez mixées dessus.

Et pour finir, la question qu’on pose à tous les groupes qu’on rencontre : quelle serait votre album de l’année (pour le moment) ?

Sans hésiter, pour le moment, c’est le nouvel album de The Hives, il est vraiment génial, je l’adore, mais c’est aussi parce que c’est une groupe et que j’aime et que j’admire depuis très longtemps. Il y aussi le dernier Tame Impala qui vient tout juste de sortir, il est vraiment très bon ! Il faut vraiment que vos lecteurs les écoutent !

C’est noté !

Les Blood Red Shoes seront encore en France pour quelques dates avec 1984 en première partie, et on vous conseille vivement d’y aller !

10/11 : Clermont-Ferrand – La Coop de Mai
11/11 : La Roche Sur Yon – Fuzz Yon
12/11 : Bordeau – BT59
13/11 : Toulouse – La Dynamo

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