The Interview : retour sur le film le plus polémique de l’année

Qui aurait crû il y a encore un mois que James Franco et Seth Rogen rentreraient à jamais dans l’histoire du cinéma ? Oui l’histoire du cinéma, pas besoin de peser ses mots quand la chute de l’affaire est d’une telle envergure. Après moults menaces et rebondissements, le studio Sony a annoncé ce jeudi 18 novembre 2014 qu’il annulait la sortie en salles du film L’interview qui tue ! aux États-Unis ainsi que dans le reste du monde. La firme botte également en touche quant à une possible sortie en DVD ou en VoD. Ceux qui pensaient flairer sous l’affaire du piratage historique un coup marketing ont dû être bien surpris. Comment Hollywood en est arrivé à plier devant le groupe qui se surnomme lui-même les Gardiens de la paix alors que l’Oncle Sam est réputé pour ne pas négocier avec les terroristes ? Que cela signifie-t-il pour l’avenir du cinéma, et plus largement pour le monde de l’art ?

Allez on refait le film !

Fin des années 2000 – L’idée de The Interview (en vo) germe dans l’esprit de Seth Rogen et Evan Goldberg. Les deux hommes se disent alors que ce serait vraiment très drôle de faire un film sur un journaliste chargé d’éliminer un dictateur. Ils portent alors leur choix sur Kim Jong-Il, précédent leader de la Corée du Nord avant que celui-ci ne décède. Ils trouvent en Kim Jong-Un, son fils et successeur, le parfait tyran à dépeindre dans une comédie potache. Le projet se monte tranquillement, les intéressés potassent pendant des semaines, se documentent sur la Corée du Nord, puis écrivent leur premier script qui se veut satirique mais toujours teinté de leur humour bien personnel.

Mars 2013 – Goldberg et Rogen annoncent la mise en chantier du film produit par le studio Columbia Pictures, propriété de Sony. Le casting est annoncé peu après : Rogen, son ami de toujours James Franco, Lizzy Caplan et Randall Park dans le rôle du dictateur. L’histoire : Un présentateur TV et son producteur partent en Corée du Nord pour interviewer Kim Jung-Un mais se retrouvent engagés par la CIA pour l’assassiner. C’est court, mais ça annonce très vite la couleur de ce à quoi on s’attend.

Juin 2014 – quelques mois avant la sortie, une première bande-annonce est dévoilée, sans aucune image de Kim Jong-Un toutefois. Mais la Corée du Nord bondit déjà. Le porte-parole du leader s’exprime : « Il y a ceci d’ironique dans l’intrigue, qui montre le désespoir du gouvernement des États-Unis et de la société américaine. L’assassinat d’un leader étranger renvoie à ce que les États-Unis ont fait en Afghanistan, Irak, Syrie et Ukraine. Et n’oublions pas qui a tué Kennedy : les Américains. » En dépit de cette réaction réprobatrice, personne ne s’inquiète réellement de l’avis du pays communiste.

Juillet 2014 – En plein été, Kim Jong-Un interpelle l’ONU pour faire interdire le film qui « appelle au terrorisme » et la considérant comme « un acte de guerre ». Les esprits s’échauffent légèrement, mais Sony continue la promotion du film comme si de rien n’était.

Novembre 2014 – La seconde bande-annonce de L’Interview qui tue ! est mise en ligne. La Corée du Nord voit plus rouge que l’étoile de son drapeau. Dans un communiqué cinglant, le régime ne mâche pas ses mots : « Ces cinéastes vulgaires, appâtés par quelques dollars jetés vers eux par des conspirateurs, ont sali la dignité et la conscience du cinéma en osant produire et réaliser un tel film. En conséquence, ils doivent être sévèrement punis. Pitoyables sont les Etats-Unis, cherchant désespérément à affaiblir l’autorité de notre République, pourtant plus puissante chaque jour, avec un film minable, alors qu’aucune pression ou menace n’a jamais fonctionné contre nous. » La caricature d’un Kim Jong-Un un peu benêt est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La Corée du Nord demande des sanctions, et va finalement les faire appliquer elle-même.

24 novembre 2014 – Sony est victime d’un cyberattaque historique. Plus de 100To de données sont dérobées dans ses serveurs. Cela implique des mails compromettants, des informations sur les projets entre différentes firmes tenues top secrètes, des pseudos de stars, les numéros de sécurité sociale de milliers d’employés et des films pas encore sortis. Le groupe de hackeurs des Guardians of Peace (littéralement les Gardiens de la Paix) revendiquent l’attaque et demandent l’abandon pur et simple de la distribution du long-métrage.

Fin novembre / début décembre – Sony est dans la tourmente. Les pirates ont mis leurs menaces à exécution et font circuler sur la Toile des mails dans lesquels des stars comme Angelina Jolie, Kevin Hart et même le président Barack Obama en prennent pour leur grade. La co-présidente de la firme, Amy Pascal, est la cible principale. On en apprend sur le projet maudit du biopic sur Steve Jobs, sur le possible retour de Spider-Man sous la bannière Marvel, les coûts pharaoniques de Spectre, le prochain James Bond, les salaires des grands noms de la boîte ainsi que des acteurs du film et des longs-métrages comme Annie, Fury, Still Alice et Mr Turner sont mis en ligne avant leurs sorties officielles. LE FBI se saisit de l’affaire qui est rapidement prise très au sérieux. Dans le même temps, les employés hackés portent plainte contre Sony pour ne pas avoir su protéger leurs données personnelles.

17 décembre 2014 – Les pirates de GOP passent du stade de simple hackeurs à menace terroriste potentielle. En effet, dans un message rédigé dans anglais douteux, le groupe agite des spectres sensibles : « Nous allons vous montrer clairement dans tous les lieux où L’interview qui tue ! sera diffusé, notamment lors de l’avant-première, à quel destin tragique sont voués ceux qui cherchent à se moquer de la terreur. Rappelez-vous le 11 septembre 2001. Nous vous recommandons de vous tenir à distance des endroits [où le film sera projeté]. Et si votre maison est à proximité, vous devriez partir. » Le risque s’avère très sérieux en dépit des dires du FBI qui affirme que la menace n’est pas élevée. Mais, les exploitants qui ne sont pas prêts à payer le lourd tribut de la sécurité de leurs spectateurs et employés annoncent renoncer à la projection de L’Interview qui tue ! dans leurs salles. Quelques heures après la confirmation que la Corée du Nord se cache bien derrière les attaques, Sony annonce officiellement l’annulation de la sortie du film dans les salles américaines.

18 décembre 2014 – Sony confirme l’annulation des sorties internationales. Le film retourne dans les cartons.

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