La lutte des peuples au cinéma

Qui aurait cru en 2015 qu’il faudrait encore affirmer ou réaffirmer l’importance des peuples noires, des communautés ou des groupes religieux ? Plus que cela, il s’agit d’expliquer que ces personnes ont une existence légitime et de jouir des mêmes droits que les autres. Si cela va de soi dans la tête d’une majorité de la population terrestre, le message semble pourtant plus que jamais nécessaire à porter sur la scène internationale. Partout, de Ferguson avec le mouvement Black Lives Matter, à Paris et la multiplication des actes islamophobes et antisémites, le combat semble plus vivace que jamais. Il faut dire que Selma tombe à pic. Le nouveau film de la réalisatrice Ava Duvernay sort en effet cette semaine dans les salles françaises. Cette histoire qui retrace les marches auxquels un certain Martin Luther King a pris part est la parfaite occasion de jeter un œil sur quelques autres œuvres du cinéma qui ont traité de la lutte d’un homme, d’une femme ou d’un groupe pour les droits civiques.

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Selma

Couronné d’un légitime Oscar de la Meilleure chanson originale remis au rappeur Common et à John Legend pour le fabuleux Glory, Selma est une œuvre importante. Pourquoi ? Parce qu’elle arrive pile au moment où les États-Unis reprennent conscience de la manière dont les Noirs sont traités. Par la police qui jouit d’une bulle protectrice et qui s’autorise de nombreux abus. Par une certaine population et ses a priori. Par l’Academie du cinéma. Par le monde du travail… Martin Luther King fut l’un des premiers hommes Afro-Américains à s’élever contre l’apartheid au pays de l’oncle Sam. Il est donc très important de porter sa voix une nouvelle fois au sein d’une population aujourd’hui très divisée dans le but de rassembler. Selma sort ce mercredi 11 mars dans les salles. À ne pas manquer.

Invictus et Mandela, un long chemin vers la liberté

Véritable figure de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud, et bien au-delà, Nelson Mandela était l’un des hommes les plus respectées de la planète. Pas étonnant de voir que ses funérailles d’État en grande pompe qui se sont déroulées 15 décembre 2013 ont attiré tant de monde. Homme de rassemblement des peuples, l’histoire de sa vie est une victuaille à porter sur grand écran. Clint Eastwood et Justin Chadwick s’en sont chargés en 2009 et 2013 avec Invictus et Mandela, un long chemin vers la liberté. Ce sont respectivement Morgan Freeman et Idris Elba qui ont hérité de la partition. Quand l’une est plus tournée vers un sujet précis : à savoir la cohabitation entre Noirs et Blancs à travers le prisme sportif, la seconde relève plus du biopic à proprement parler, s’attelant à traverser différentes époques de sa vie. Réussis ou non, l’important est d’avoir donné son quart d’heure de gloire mérité à cet hommes hors du commun

12 Years A Slave

Sujet classique aux États-Unis, la question de l’esclavage n’est plus vraiment neuve, mais très pertinente quand on la met en perspective avec la manière dont les problèmes actuels sont abordés. Steve McQueen n’est pas seulement reparti avec deux statuettes aux Oscars (Meilleur film et Meilleure actrice de second rôle pour Lupita Nyong’o), mais également avec un nouveau regard adressé sur la culture noire. Avec l’explosion d’internet, de nouvelles voix peuvent fort heureusement s’élever. On l’a vu après l’exposition Exhibit B qui a soulevé l’indignation, mais aussi à travers des conflits du quotidien. 12 Years A Slave est justement l’occasion de mettre en scène la question de la dignité des hommes (quel que soit leur couleur de peau), et ces rencontres qui changent une vie.

La Marche

Difficile de se dire que la fameuse Marche pour l’égalité et contre le racisme s’est déroulée en 1983. Entre Marseille et Paris, 100.000 Français vont parcourir les longs kilomètres qui séparent les deux villes pour porter leur message. Difficile car le 11 janvier 2015, une autre Marche reprenait son cours dans la capitale. Comment en 32 ans, les choses ont-elles pu reculer à ce point ? Les réponses sont très nombreuses, nous ne les évoquerons pas ici. En 2013, Nabil Ben Yadir s’est déjà chargé de rendre hommage à ce mouvement incroyable. Jamel Debbouze, Charlotte Le Bon et beaucoup d’autres ont participé à ce projet qui est aujourd’hui encore d’actualité. On a envie de dire malheureusement et heureusement en même temps.

The Lady

Aung San Suu Kyi ou l’histoire d’une femme qui a fait face à l’emprisonnement pendant plus de 15 ans avec courage et dignité. Luc Besson dresse un portrait flatteur de la figure d’opposition au régime totalitaire birman en prenant l’angle d’un film romantique. L’actrice Michelle Yeoh incarne avec droiture cette femme admirée par beaucoup. Le combat des femmes, des peuples, pour la démocratie, pour la liberté, le tout réuni dans ce caractère, cette force, ce courage qui découle d’Aung San Suu Kyi. Même si beaucoup ont trouvé à redire à la qualité du film, on accorde au cinéaste français l’effort de s’être éloigné de ses blockbusters pour se pencher sur le cas d’une figure historique très importante. Aung San Suu Kyi est au peuple birman ce que Rosa Parks inspira dans le cœur du peuple noir : des femmes au courage qui servent aujourd’hui encore d’exemple.

Hunger Games – La Révolte

On lit déjà les soulèvements de sourcils devant ce choix de film. Mais Hunger Games, si l’on met de côté l’aspect adaptation de roman pour jeunes adultes, est une œuvre qui a pleinement sa place dans la liste des films sur la lutte des droits civiques. Cantonnée dans des districts à l’esthétique douteuse, la population fictive de Panem est soumise à une dictature hyperbolique mais très dur surtout. Pas étonnant en voyant le combat mené par Katniss Everdeen, que la Thaïlande ait fait interdire la diffusion du film. Des étudiants ont même été arrêtés pour avoir fait le salut rebelle de l’héroïne. Si Hunger Games a réussi à devenir un symbole de protestation pour des pays politiquement limites, on ne peut véritablement pas minimiser son impact.