Daredevil est-il simplement le Arrow de Marvel ?

Ce vendredi 10 avril, Netflix a mis fin aux attentes d’un très large public, friand de découvrir les aventures de Matt Murdock, l’avocat aveugle qui joue les justiciers à la nuit tombée. Si Ben Affleck a fait une première expérience décevante dans le costume du super-héros en 2003, Charlie Cox avait pour mission de faire oublier l’incartade de celui qui s’est expatrié chez la concurrence dans la peau de Batman. À l’heure où deux des plus gros studios se disputent le marché du super-héros sur tous les terrains, la bataille sur le petit écran semblait jusqu’ici être en faveur de DC/Warner, quand soudain…Daredevil apparu.

Scénario : Aveugle depuis l’enfance, mais doté de sens incroyablement développés, Matt combat l’injustice le jour en tant qu’avocat et la nuit en surveillant les rue de Hell’s Kitchen, à New York, dans le costume du super-héros Daredevil.

Si ce pitch vous dit déjà quelque chose, c’est normal, il suffit de remplacer quelques mots pour obtenir l’intrigue de la série Arrow. Un justicier qui défend sa ville en costume, c’est assez classique, mais de nombreux points communs rapprochent ces deux personnages.

Les créateurs de comics ont toujours eu le chic pour tuer le père. Ni Arrow, ni Daredevil n’échappent à cette règle qui permet généralement de fixer un objectif au héros. Pour Oliver Queen, la mort de son père sous ses yeux signe le début de sa mission. En ce qui concerne Matt Murdock, le meurtre de son père à la sortie d’un match de boxe qui aurait dû être truqué, abreuve sa soif de vengeance et de justice pour les innocents qui peuplent Hell’s Kitchen.
Vivre dans une ville qui porte le nom d’une célèbre émission culinaire, c’est déjà pas facile, ça l’est encore moins lorsqu’elle est infestée par la corruption et la pauvreté. À l’instar de Starling City, Hells’Kitchen a ses coins sombres et sa façade plus reluisante. Le but ultime de nos super-héros est donc de protéger ces pauvres gens victimes de ces politiques et flics pourris, complices de la vermine russo-sino-nippo-italo-américaine qui gangrène les terres de ces messieurs. Pas cliché, hein !

Bien sûr, on pourrait aussi pointer le fait que le héros apparait au-dessus de tout soupçon, même si une partie (pourtant très reconnaissable) de son visage tapisse les journaux locaux, qu’il rencontre plusieurs fois ses proches sous son costume, et qu’à un moment donné à cause de l’action très calculé du méchant, la ville toute entière veut sa tête sur un piquet, mais ce serait tourner en rond. Daredevil est bien le frère marvelien d’Arrow. Il n’y a pas à tergiverser sur ce point. Sauf que…

Daredevil-8Sauf que fest quand même un cran nettement au-dessus de la série DC. Tout d’abord, pour une raison très simple, la série est diffusée sur Netflix. Loin de moi l’idée de remettre en question la qualité des show diffusés sur la CW, mais force est de constater que ces derniers ne rassemblent pas le même public en général. En atterrissant chez la chaîne au logo vert, propriété de Warner, Arrow est logiquement passé sous la moulinette de l’autocensure, des triangles amoureux (même s’ils restent plus light que le reste des séries diffusées par le network), et des combats très aseptisés. Ce n’est pas le cas dans Daredevil où on a le droit à une cervelle en bouillie, une blessure ouverte et des combats qui feraient légèrement applaudir John Wick.

Le casting de Daredevil est lui-même clairement plus mature. Charlie Cox, vu récemment dans Une merveilleuse histoire du temps, est tout bonnement très convaincant. Face à lui, on retrouve Deborah Ann Woll, la Jessica de True Blood, la très éclectique Rosario Dawson, et surtout l’excellent Vincent D’Onofrio qui est ici terrifiant et touchant à la fois dans son rôle de Wilson Fisk, le méchant ultime de cette saison.

En conclusion, Daredevil est, à notre grande surprise, une excellente adaptation série de Marvel. On commençait à ne plus y croire tant Agents of S.H.I.E.L.D. et Agent Carter, malgré leurs bonnes qualités, étaient parsemés d’un certain nombre de défauts très gênants que leur petite sœur expatriée sur Netflix gomme totalement : l’humour et la musique beaucoup trop marvellienne, certains rebondissement totalement pas crédibles et un manque d’attachements aux personnages. Les amateurs de comics comme les profanes du genre y trouveront certainement de quoi se divertir dans Daredevil. Le gros bémol de cette saison : la photographie beaucoup trop sombre qui fait inexorablement plisser les yeux. On a compris que c’était une série dark, pas besoin d’en rajouter une couche en éteignant les projecteurs. Daredevil sera très certainement renouvelée pour une seconde saison que l’on attend déjà avec impatience. En attendant, la série nous aura beaucoup rassuré pour l’univers partagé que prépare Marvel avec Netflix. On attend donc Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist prochainement avant que tout ce beau monde ne se réunisse dans la mini-série Defenders qui risque d’envoyer du très lourd. Tout un programme !

 

Crédit photo : Netflix